Paparazzi sau Cronica unui răsărit de soare avortat, de Matei Visniec


CHARACTERS:

PAPARAZZO 1

THE VOICE OF THE BOSS

THE MAN WITH THE CELLO CASE

THE MAN WITH THE SAXOPHONE CASE

THE OWNER

THE VOICE OF THE BLIND MAN

THE BUM

THE MAN WITH THE FLUTE CASE

THE WOMAN WHO WANTS TO LEAVE ON THE TRAIN

THE MAN WHO WANTS TO LEAVE ON THE TRAIN

THE CASHIER

PAPARAZZO 2

THE FOREIGNER

THE WOMAN WITH BARE FEET

THE BLIND MAN WHO CLICKS

THE MAN IN THE SACK

THE MAN FOR WHOM BIRTH WAS A DOWNFALL

THE OLD WOMAN OF THE COMPASS

THE MUNICIPAL CLERK

THE DRINK MACHINE 
 
 

SCENE 1 
 

A room. Three or four windows.  At each window, PAPARAZZO I has placed a camera. Outfitted with large lenses, they are mounted on tripods and aimed low and across the street. PAPARAZZO 1 goes from one camera to the other, on the lookout through the telephoto lenses. He is in a state of visible excitement, and his 3 days old beard betrays his fatigue.  
 

His cell phone rings. PAPARAZZO 1 answers. 
 

Around 8 O'clock at night. 
 

PAPARAZZO 1: Yeah… 

THE VOICE OF THE BOSS: It's me. 

PAPARAZZO 1: Hey Boss. 

THE VOICE OF THE BOSS: How's it going? 

PAPARAZZO 1: I'm dead tired, Boss… 

THE VOICE OF THE BOSS: I asked you how it's going. 

PAPARAZZO 1: Going alright, boss.  

THE VOICE OF THE BOSS: She still there? 

PAPARAZZO 1: Yeah Boss, she slept all day long. 

THE VOICE OF THE BOSS: Visitors? 

PAPARAZZO 1: Just some messengers who brought packages and flowers.  And a ton of deliveries.  It's insane the amount she must have spent, Boss!  She's crazy boss.  

THE VOICE OF THE BOSS: And now? 

PAPARAZZO 1: She's with her masseur.  A Chinese gorilla who weighs I'd say about 300 pounds. Before that she worked out in the garden with another gorilla who must be one of her own gorillas and gym equipment. He made her swim some laps in the pool, do a little jogging and some aerobics, and the whole time he kept timing her.  

THE VOICE OF THE BOSS: And did you get her?  

PAPARAZZO 1: Yes. 

THE VOICE OF THE BOSS: In the pool, what was she like? 

PAPARAZZO 1: She had her bathing suit on, boss.  

THE VOICE OF THE BOSS: Did they open the blinds?  

PAPARAZZO 1: No and I don't see much of anything through those fucking blinds.  But I think they're going to open them soon, before the gigolos and broads get there.  

THE VOICE OF THE BOSS: Good, be careful, there's the whole crowd going to be posing. It looks like Marlon Brando is coming too. 

PAPARAZZO 1: I'm ready. I've got a camera aimed at the pool, another on the terrace and the yard, and another on the door to the garden which can also get everything going on in the living room. But anyway the 'party' is supposed to be in the yard. There've been 5 or 6 waiters keeping themselves busy for the last 2 hours putting tables and chairs in the yard.  From the number of place settings it looks like she's expecting at least 200 people boss.   

THE VOICE OF THE BOSS: Perfect. 

PAPARAZZO 1: But boss, I'm starving over here. And it's making me sick to see the number of place settings and when I think of all the food that's gonna get schlepped out... I've gotta come down for 2 minutes to get myself a sandwich and a couple beers. (He looks at the carafe of coffee.) Hey! Check it out, even my coffee supply is almost gone. 

THE VOICE OF THE BOSS: Stay there.  I'll send Daniel with everything you need.  

PAPARAZZO 1: Thanks boss.  But, when boss? 

THE VOICE OF THE BOSS: He's on the corner. I'll send him right away.  Right away, as soon as I can...if I can…  

PAPARAZZO 1: You've gotta boss, you've gotta because I'm starting to drool like a dog. 
 

Night.  Ticking of a watch.

(Or some other way of indicating the passage of time.) 
 
 

SCENE 2 
 

L'HOMME A L'ETUI A FLUTE, dans une rue déserte, à la proximité d'une cabine téléphonique et d'une fontaine publique. On dirait qu'il a été  passé à tabac car ses vêtements sont en lambeaux et l'étui de sa flûte est défoncé. Il est en train de se laver à la fontaine publique. A côté de la fontaine, sur le macadam, l'étui de sa flûte et une bouteille de champagne presque pleine. 
 

Dans le lointain on entend vaguement une musique (c'est un saxophone et un violoncelle) et de temps en temps des voix, des cris, des aboiements...  
 

Le téléphone retentit dans la cabine.  
 

L'HOMME A L'ETUI A FLUTE reste immobile quelques secondes, écoute, sort un mouchoir, s'essuie les mains et le visage, ensuite se dirige vers la cabine téléphonique et décroche. 
 

Vers onze heures du soir. 
 

LA VOIX: Allô?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui?

LA VOIX: Bonsoir.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Bonsoir.

LA VOIX: Merci d'avoir décroché. Vous savez, j'appelle parce qu'autour de cette cabine téléphonique-là il y a toujours des gens qui décrochent.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Pardon?

LA VOIX: Je disais que j'appelle parce qu'il y a toujours quelqu'un qui décroche. Vous allez bien?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Vous êtes fou ou quoi?

LA VOIX: Non. En fait, je suis aveugle.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Vous êtes aveugle...

LA VOIX: Oui, malheureusement.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Je regrette.

LA VOIX: Bon, ça n'a pas d'importance maintenant. C'est une longue histoire. Vous avez un peu de temps, là?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Vous voulez me raconter votre vie?

LA VOIX: Non. Je voulais vous demander autre chose. Je voulais vous demander de rester une minute en ligne avec moi et de répondre à quelques questions.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Quel genre de questions?

LA VOIX: Bof, rien d'essentiel. Je voudrais tout simplement vous demander de regarder un peu autour de vous et de me dire ce que vous voyez.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Ce que je vois... Ecoutez, monsieur, j'ai peur de ne pas très bien vous comprendre. Et, en plus, je suis quand même un peu pressé.

LA VOIX: Oui, mais... une minute... je ne vous demande quand même pas l'éternité. Je vous demande de rester une minute en ligne avec un aveugle.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Vous appelez d'où?

LA VOIX: J'appelle de chez moi. Et je suis tout seul. Car je vis seul.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Vous vivez seul?

LA VOIX: Oui. Et c'est pour ça que j'appelle de temps en temps, au hasard, histoire d'échanger quelques mots avec quelqu'un.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Mais pourquoi n'appelez-vous pas vos copains, les autres aveugles?

LA VOIX: Ca ne m'amuse pas. Ce qui me fait vraiment plaisir c'est quand les voyants me disent ce qu'ils voient autour d'eux. Vous êtes où là, dans un parc?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui. Comment le savez-vous?

LA VOIX: J'entends les canards. Il doit y avoir un lac quelque part.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: En effet, oui. Le lac est tout près.

LA VOIX: Vous l'apercevez?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui.

LA VOIX: Il est à environ cinquante mètres de vous, n'est-ce pas?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui.

LA VOIX: Il y a des gens autour?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Non.

LA VOIX: Et les canards, vous les voyez?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Non.

LA VOIX: Aucun?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Aucun.

LA VOIX: Mais qu'est-ce que vous voyez alors?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Dans la direction du lac?

LA VOIX: Oui.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Je vois un chien.

LA VOIX: Un chien! Il est tout seul?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui. Ca doit être un chien errant.

LA VOIX: Il fait quoi?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Rien. Il se repose.

LA VOIX: Bon. Vous n'avez rien à manger sur vous j'imagine.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Non. Mais j'ai une bouteille de champagne.

LA VOIX: Pardon?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Non, rien.

LA VOIX: Dommage. Il y a des arbres autour de lac?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui.

LA VOIX: C'est beau, les arbres, n'est pas?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui. Monsieur, j'ai peur de devoir vous quitter.

LA VOIX: Vous faites peut-être du footing?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui, c'est ça. Je fais du footing.

LA VOIX: Je vois... Merci quand même d'avoir répondu à mon appel.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Je vous en prie.

LA VOIX: Ca m'a fait plaisir de vous entendre. Ah, une dernière question s'il vous plaît. Le ciel, il est comment en ce moment? Il est clair?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui. Mais il y a aussi des nuages qui s'accumulent.

LA VOIX: Oui, ça doit être beau, le ciel, avec ces nuages qui s'accumulent...

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui.

LA VOIX: Et le soleil?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Le soleil?

LA VOIX: Le soleil...

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Le soleil, quoi, le soleil?

LA VOIX: Le soleil, vous le voyez?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Ecoutez, monsieur, allez vous faire foutre!

LA VOIX: Allez, bonne nuit! Merci quand même d'avoir répondu à mon appel. Et regardez de temps en temps le soleil pour moi... Et merci, hein?

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Je vous en prie. Au revoir!

LA VOIX: Au revoir. 
 

L'HOMME A L'ETUI A FLUTE raccroche. Il boit une gorgée de champagne directement de la bouteille, prend l'étui à  flûte et s'éloigne. 
 

Le téléphone retentit de nouveau dans la cabine téléphonique. L'HOMME A L'ETUI A FLUTE s'arrête, hésite et finalement retourne sur ses pas. Il dépose sur le macadam l'étui à flûte et la bouteille, et décroche. 
 

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui?

LA VOIX: C'est toujours moi.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Oui, je m'en doutais.

LA VOIX: Je voulais vous dire qu'il y a un appartement à louer dans le bâtiment où j'habite.

L’HOMME A L’ETUI A FLUTE: Je ne comprends pas.

LA VOIX: Ca fait rien. Allez, adieu. 
 

L'HOMME A L'ETUI A FLUTE raccroche, attend quelques secondes, boit une gorgée de champagne directement de la bouteille et ensuite s'éloigne.  
 

Il a abandonné  la bouteille à côté de la fontaine publique. 
 

Eau qui coule.

(Ou une autre façon de marquer le temps qui passe.) 
 
 

Traducere din limba franceză de Maria Vail

  Aminteste-ti datele mele